Toute pensée décrit un cercle autour de la violence fondatrice…
René Girard , La violence et le sacré.

Mon réel engagement à plein temps dans une activité “artistique”, coïncide avec le début de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie
en 1991. Autant dire qu’il s’agissait pour moi d’un très mauvais coup du sort.
J’ai cherché à peindre en vain jusqu’au jour, où à n’en plus pouvoir je me suis saisi de branches d’arbres, les ai imbibées de
peintures et m’en suis servi pour frapper le papier jusqu’à en extirper toute ma violence. Cela a été pour moi une expérience
fondamentale. Ce qui s’était joué là, au niveau de l’intime résonnait curieusement avec ce qui se jouait en ex-yougoslavie.
L’émotion esthétique que ce travail a suscitée m’a échappé, m’a surpris : nulle trace de violence dans ces peintures, bien au
contraire une sérénité, un calme enfin retrouvé. Dès lors dans ma démarche tous les éléments se conjuguent dans des perspectives
de reconstruction, de résurgence et d’espérance. que ce soit à travers l’observation et l’utilisation des végétaux et de la cendre ou
de thèmes symboliques qui me renvoient manifestement toujours aux origines mais également à un cheminement vers l’inconnu,
à une évolution et à une métamorphose mythique : la maison, la forêt, le cocon, la poésie …

Photo Anthony Kelly

 

                                                    Photo Anthony kelly